Quand la science s’invite à la table du divin, le débat se fait houleux, passionné, et chaque camp dégaine ses plus beaux arguments ! Entre merveilles du cosmos, certitudes mathématiques et mystères encore irrésolus, la science est-elle devenue porte-parole de Dieu ? Un nouveau livre relance la question, tandis que les sceptiques rappellent à l’ordre. Levons le voile, autant que possible, sur ce bras de fer séculaire.
Bousculades cosmologiques et quête de sens
- Relativité, mécanique quantique, complexité du vivant… Peu d’époques ont été aussi effervescentes pour la science que la nôtre.
- Big Bang, mort thermique de l’Univers : les avancées scientifiques donnent le vertige et font parfois vaciller les frontières entre raison, foi et poésie métaphysique.
Les auteurs du livre Dieu, la science, les preuves, Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, voient dans ces découvertes la confirmation d’un dessein transcendant. Selon eux, les dernières trouvailles scientifiques « forcent à croire en Dieu ». Pour eux, le prochain lancement du James-Webb Telescope, depuis Kourou en Guyane, n’est même pas nécessaire pour « découvrir le visage de Dieu » dans la lumière lointaine des galaxies : ils l’ont déjà aperçu dans les grandes avancées de l’astrophysique.
Quand les photons racontent l’origine
L’odyssée scientifique n’a rien à envier à une épopée mythologique. Citons l’exploit de George Smoot, astrophysicien nobélisé. En 1992, il photographie la première lumière cosmique, celle d’un univers à peine âgé de 380 000 ans. Ce cliché – un ovale bleuté parsemé de taches safran et orangées – suscite l’émerveillement. Devant la Société américaine de physique, Smoot lâche : « C’est comme voir le visage de Dieu. » Image troublante, métaphore forte, qui n’en finit pas d’inspirer les partisans d’un dialogue science et foi.
Science et religion, deux mondes irréconciliables ?
Mais l’écho médiatique ne plaît pas à tout le monde. D’aucuns dénoncent une récupération abusive de la science au profit d’arguments spirituels. Un point de friction majeur ? La bonne ou mauvaise interprétation des résultats. Par exemple :
- Selon une étude menée aux États-Unis sur les croyances religieuses, seuls 7% des scientifiques se déclarent croyants.
- Certains jugent les découvertes de la physique théorique « mal comprises et surinterprétées » par les promoteurs d’un rapprochement science-religion.
- Des études documentées appuient que « plus le niveau de croyance est élevé, moins les connaissances scientifiques sont développées ».
« Science et religion sont parfaitement incompatibles », martèlent certains sceptiques, pointant que l’une et l’autre ne s’intéressent même pas aux mêmes questions fondamentales.
À chacun sa transcendance… Ou pas ?
La datation du suaire de Turin, régulièrement discutée, n’aide pas à trancher le débat. Si les analyses au carbone 14 menées il y a une vingtaine d’années pointaient vers une fabrication médiévale, une nouvelle expertise les contredirait, tout en maintenant le mystère entier sur l’identité du défunt. Qui dit mieux ?
Quant à la question de la transcendance, la réflexion se poursuit : si Dieu devait être accessible par la science, il perdrait toute transcendance, affirment certains. Et pourtant, voilà la science vue comme un don divin pour permettre à l’homme de comprendre, lentement, les lois du monde à travers mathématiques et expérimentations. Tout cela, dit l’un, dans un exercice de liberté et de responsabilité.
Enfin, à ceux qui repèrent dans la Bible des « failles » face aux lois naturelles, d’autres rappellent que si Dieu est créateur, omniscient et omnipotent, rien ne l’empêche de faire exception à ses propres règles. Quant à la science, malgré le sentiment parfois grisant de tout comprendre, elle repose souvent sur le hasard, et applique simplement des lois antérieures à notre conscience même. M. Einstein lui-même confessait : « Plus il apprend, plus il a conscience de sa propre ignorance. » Une leçon d’humilité qui, manifestement, ne vieillit pas.
En définitive, le débat n’est pas près de s’éteindre. Les découvertes s’empilent, les convictions aussi, mais chaque réponse apporte son lot de nouvelles questions. Et c’est tant mieux : tant que l’on cherche, c’est que l’on reste vivant, et peut-être, qui sait, un peu plus humain.