À Nyayanga, dans le sud-ouest du Kenya, la préhistoire vient de nous adresser une sacrée claque ! Imaginez : plus de 300 outils de pierre découverts, vieux de près de trois millions d’années… et – grand frisson chez les paléoanthropologues – ces outils pourraient bien n’avoir rien d’humain ! Préparez la machine à remonter le temps, l’aventure archéologique commence.
Des pierres, des dents et beaucoup de questions
Le site de Nyayanga ressemble à un amphithéâtre naturel. Mais ici, pas de tragédie grecque : uniquement du quartz, des rhyolites taillées façon couteau suisse préhistorique. Les archéologues ont mis la main sur toutes sortes d’artefacts :
- des morceaux tranchants servant à découper ou racler,
- des cœurs de roches, véritables matrices à éclats,
- des percuteurs pour jouer du marteau, façon casse-noix, mais en plus sérieux.
En dix ans de fouilles, l’équipe menée par Thomas Plummer a répertorié plus de 300 outils dits « oldowayens ». Ce nom ne sent pas la naphtaline, bien au contraire : il renvoie à une technique révolutionnaire de fabrication d’outils. Et ce n’est pas tout : en 2019, une dent de Paranthropus a été repérée, suivie d’une seconde, piochée parmi des ossements d’hippopotame soigneusement découpés. Voilà qui commence à pimenter l’affaire…
L’arrivée fracassante de Paranthropus
Paranthropus, retenez bien ce nom, car il sème le trouble dans nos arbres généalogiques ! Longtemps reléguée au rang de brute dotée de grosses mâchoires, incapable d’innover (c’est vilain, les préjugés), cette lignée d’homininés n’est pas considérée comme ancêtre directe de l’Homo sapiens. Mais ces nouvelles trouvailles obligent à revoir (enfin !) certains jugements. Emma Finestone, paléoanthropologue à Cleveland, résume la surprise : « Là c’est bon, je change d’avis ».
Jusqu’alors, l’idée que Paranthropus ait manié des outils avait perdu la cote : on pensait sa dentition assez balèze pour éviter tout ustensile. D’autres, plus « fins gourmets » du genre Homo, s’accaparaient depuis toujours cette invention. Mais voilà que ces vieux outils, trouvés avec des dents de Paranthropus, redistribuent les cartes !
Un bond dans l’évolution… et dans la cuisine
Ces outils retrouvés à Nyayanga pourraient dater de 2,6 à 3 millions d’années. Plummer penche pour un âge d’environ 2,9 millions d’années, et ça fait toute une différence puisqu’ils repoussent l’apparition de la technique oldowayenne de plusieurs milliers d’années ! Pour mémoire, les précédents plus vieux outils connus de ce genre venaient d’Afar, en Éthiopie, et ne dataient « que » de 2,6 millions d’années.
Encore plus croustillant (sans mauvais jeu de mot) : certains chercheurs pensaient que découper de gros animaux comme l’hippopotame n’était arrivé que bien plus tard. Bernard Wood, paléoanthropologue à Washington, note que la découverte d’ossements d’hippopotames découpés à cette époque représente un tournant, prouvant que nos cousins préhistoriques savaient profiter d’un hippopotame décédé, sans doute plus facile à tailler qu’à chasser !
La technique oldowayenne : révolution ou coïncidence ?
Alors, Paranthropus inventeur ou simple utilisateur ? Difficile d’en être certain, car d’autres homininés, comme Homo habilis, traînaient aussi dans les parages. Mais les coïncidences sont troublantes. Les outils oldowayens, petits et légers, ont conquis l’Afrique et même d’autres continents, utilisés par Homo plus d’un million d’années.
Fait notable, certains outils en pierre encore plus anciens (3,3 millions d’années) ont été découverts ailleurs au Kenya, mais la recette oldowayenne, plus raffinée, marque une étape technologique majeure. Neil Roach, de Harvard, rappelle d’ailleurs que les grands singes ou les capucins sont aussi capables de fabriquer des outils en pierre. Bref, il est grand temps de mettre au placard l’idée que la pierre taillée serait une exclusivité du genre Homo.
- Les vieux outils, ce n’est pas seulement une affaire de cerveaux humains.
- Paranthropus pourrait bien être le chef étoilé préhistorique auquel personne ne pensait.
- Les découvertes récentes promettent de redéfinir l’histoire de nos ancêtres… et de nos voisins disparus.
En guise de conclusion : La prochaine fois que vous regarderez un caillou, rappelez-vous que même sans Wi-Fi, certains « non-humains » savaient déjà comment s’en servir. Et qui sait ? Paranthropus n’a peut-être pas dit son dernier mot. Gardons l’œil vif : la préhistoire, c’est du teasing permanent !