Vos photos privées bientôt analysées par une intelligence artificielle sans votre consentement ?

Rien n’échappe aux yeux perçants des intelligences artificielles, pas même vos souvenirs de vacances sur la Côte d’Azur ou votre toutou grimé en super-héros. La nouvelle annonce de Meta semble bien décider à hisser l’analyse automatique de nos vies privées à un niveau inédit, et sans forcément passer par la case « consentement»… Bonne nouvelle ? Pas pour tout le monde ! Entrons dans les coulisses de l’usage de nos données par Meta, et voyons comment (tenter de) garder un peu de contrôle sur nos publications.

Meta, l’IA et vos photos : en route vers une nouvelle ère du partage… forcé ?

Dès la fin mai, Meta s’apprête à exploiter les précieuses données de millions d’Européens utilisant Facebook et Instagram : publications, photos publiques, anciens posts… rien ne serait épargné pour entraîner ses systèmes d’intelligence artificielle. L’objectif affiché ? Améliorer ses outils, des chatbots Meta-AI sur WhatsApp aux modèles linguistiques comme Llama. Vous pensiez avoir tout vu en matière de collecte de données ? Accrochez-vous à votre smartphone.

La nouveauté, cette fois, c’est que les utilisateurs européens seront prochainement informés via l’application ou par email, et qu’une nouvelle politique de confidentialité est attendue pour la fin mai 2025. Et, un petit pas en avant : Meta indique qu’il sera possible de s’opposer à ce traitement. Ouf, diront certains, mais encore faut-il s’y retrouver dans les démarches.

Retour sur un feuilleton européen : quand la CNIL, la DPC et le RGPD entrent en scène

Impossible d’évoquer cette actualité sans revenir sur un « soap opera » réglementaire bien de chez nous : en 2024, Meta avait déjà exprimé son envie d’utiliser les publications et photos publiques de ses utilisateurs. Ce projet a été suspendu, et pour cause ! La question de la base juridique et de la transparence de ce genre de traitement a soulevé de vives discussions entre Meta et les gendarmes européens de la vie privée.

Meta, dont le siège européen se trouve en Irlande, dépend logiquement de l’autorité de protection des données irlandaise, la DPC. Celle-ci collabore étroitement avec la CNIL (en France) et ses homologues pour veiller au grain du RGPD, ce supplément d’âme (et de règles) protégeant les droits des internautes. À l’issue des échanges, Meta a même dû renforcer ses systèmes de filtrage pour limiter les risques que les modèles d’IA gardent en mémoire vos petits secrets lors de la phase d’entraînement. Oui, il y a du mieux, mais on n’est pas à l’abri d’un bug ou d’un oubli !

Les autorités, dont la CNIL, restent d’ailleurs pleinement mobilisées sur la question, attentives au respect du RGPD et particulièrement à la réalité du fameux « droit d’opposition ».

Comment (tenter de) garder la main sur vos données ? Les options pour ne pas finir dans la marmite IA de Meta

Si l’idée de voir votre « selfie à la plage 2012 » digérée par un super-robot ne vous emballe pas, Meta propose d’agir : vous pourrez modifier vos paramètres de confidentialité afin de restreindre l’accès public à vos publications, mais, surtout, remplir dès à présent un formulaire d’opposition, et ce, sans avoir à rédiger une lettre de motivation enflammée…

  • Votre opposition couvrira tous vos comptes Facebook et Instagram, tant qu’ils sont reliés au même « centre de comptes ».
  • Sinon ou en cas de doute, remplissez bien le formulaire pour chaque compte séparément !

Attention cependant : cette opposition ne concerne que le contenu diffusé par vous-même. Si un ami, un cousin ou un internaute partage publiquement une photo de vous, cette restriction ne s’appliquera pas à ces contenus-là. Et pour celles et ceux qui n’ont jamais été sur Facebook, Instagram ou autre – oui, ça existe encore ! – mais dont des infos circulent néanmoins via d’autres canaux, un formulaire d’opposition dédié est aussi disponible, sans avoir besoin de se connecter.

Là encore, la transparence n’est pas totale, les discussions se poursuivent entre les diverses autorités européennes pour garantir la conformité des méthodes de Meta. Elles s’intéressent en particulier à la légalité des traitements, à l’effectivité du droit d’opposition et à la cohérence entre les anciens buts de collecte de données et cette nouvelle volonté d’entraîner des IA, y compris l’usage potentiel d’images de mineurs publiées par des utilisateurs adultes.

Conclusion : vigilance et réflexes à adopter

Que retenir ? Si la tentation de confier nos souvenirs numériques à des IA paraît inévitable pour certains géants du web, tout n’est pas encore joué. Les autorités européennes continuent à surveiller la partie, prêtes à siffler hors-jeu en cas d’abus. Quant à vous, profitez de la possibilité déjà offerte de refuser l’accès à vos données à travers les réglages ou le fameux formulaire. Rien ne vaux aussi un bon vieux tri dans ses publications : parce qu’au final, il n’y a que vous qui devriez décider de ce qui mérite… ou non, de finir dans la mémoire éternelle des robots !